OD: Le phénix de Kojima

Malgré la déception liée à l’absence de DS2 aux Game Awards, Kojima a tout de même pu montrer un trailer de son projet Xbox. Mis en avant sous le nom de code OD, le jeu horrifique est toutefois secrètement présent depuis longtemps en toile de fond. De projets abandonnés en interviews, remontons ensemble la piste de ce projet énigmatique qui semble constamment renaître de ses cendres.

P.T. OD

Tout débute avec P.T. (Playable Teaser), lâché en 2014 sous la bannière « 7780s Studio » sur le Playstation network. Présentée comme une démo pour un jeu d’horreur à venir, celle-ci s’avère être un teaser pour Silent Hills. Un nouvel opus pour la saga éponyme (sans le S de fin) engageant Konami, Kojima productions, Norman Reedus et Guillermo Del Toro.

Le sort en décidera autrement pour ce jeu. En effet, Kojima est annoncé sur le départ avant la sortie d’MGSV. Malgré l’excellent accueil de P.T, Silent Hills disparaît dans le sillage de son créateur. Seul ce couloir hante encore les esprits de chacun. Plus tard, Konami fera retirer la démo du Playstation Store réduisant en cendres tout le travail accompli.

Si Silent Hills n’est jamais sorti, P.T. a su transmettre un héritage à l’horreur vidéo ludique. Le mystère complet qui l’entoure à son arrivée est partie intégrante du succès de la démo grâce au fait que cela empêche le joueur d’accéder aux intentions de son créateur.

Par conséquent, P.T. est conçu comme un puzzle horrifique prévu pour tenir une semaine. Mais il n’a fallu que quelques heures aux joueurs pour en percer le secret.

Des cendres s’élèvent des braises. L’absence de Silent Hills a charrié avec elle de nombreuses rumeurs au fil des ans. Certaines plus crédibles que d’autres, comme ces infos partagées par Alanah Pearce.

Ainsi, le jeu aurait donc prévu des systèmes plus intrusifs mais aussi immersifs. SMS, Mails, … Autant de moyens de briser le 4e mur, une marque de fabrique pour Kojima.

Les échos de ce jeu se font entendre par intermittence au fil des ans et 2019 fut une année assez prolifique en rumeurs. En effet, il se murmure que le créatif Japonais aurait pu collaborer avec Stadia pour un jeu horrifique épisodique.

Jade Raymond, à cette époque à la tête de Stadia Games and Entertainment

Si l’on peut croire que des discussions ont eu lieu, il est également sain d’accepter la clarification de Stadia selon laquelle aucun projet n’était en cours. L’oiseau de feu est à nouveau réduit à l’état de cendres. Mais cela laisse malgré tout planer un soupçon quant à la survie de ce projet de jeu d’horreur. Surtout quand ce dernier évoque les changements à venir, portés par le cloud gaming.

Un point de vue partagé par Nicolas Winding Refn lors d’un entretient aux Comic Con 2019.

C’est en novembre, quelques jours après la sortie de Death Stranding, que Kojima devient plus explicite et évoque directement un projet à venir.

On le voit, ce concept vit et meurt depuis l’ère Konami. Comme une envie inassouvie. Un jeu qui est également un film ou une série. Quelque chose que seul le streaming via le cloud pourrait permettre.

OD TGA 2023
Kojima sors par la porte de P.T.

C’est aux TGA 2023 que Kojima nous présente OD. Une bande-annonce mystérieuse qui met très largement en avant les modèles MetaHuman de ses 3 nouveaux acteurs que sont :

  • Sophia Lillis
  • Hunter Schafer
  • Udo Kier

Une vidéo plutôt banale aux premiers abords, mais qui gagne à être observée en détail. La première chose à noter est cette, image :

OD

On y aperçoit la silhouette de Sophia Lillis qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler les premiers teasers de DS2.

DS2

Mais il y a également une image plus difficile à distinguer sur le bord droit de l’écran. Un ajustement sur un logiciel photo permet de le mettre en avant :

Il semble s’agir d’une IRM cérébrale (imagerie par résonance magnétique) en coupe coronale. Mais la première chose qui vient à l’esprit est donc ce menu de P.T. qui nous permet de changer la luminosité.

P.T.
Une IRM cérébrale en coupe axiale présente dans les menus de P.T.

L’IRM disparaît rapidement puis laisse place au modèle facial de Sophia Lillis quand la lumière s’allume. Si l’on transpose P.T sur ce trailer, on peut donc imaginer qu’un réglage de luminosité a été effectué. Ainsi, une fois ce réglage fait, la personne capturée doit réciter un pangramme qui permet une capture exhaustive des expressions du visage.

Sophia Ellis OD
The hungry purple dinosaur ate the kind zingy Fox, the jabbering crab, and the Mad whale and started vending and quacking.

Nous pouvons voir que dans ses yeux se reflètent les projecteurs qui éclairent le modèle, mimant la capture réelle de l’actrice. Il en sera de même pour Hunter et Ugo.

Il est important à ce point que je vous rappelle au souvenir d’une présentation des dernières avancées de la technologie MetaHuman.

Il est bel et bien possible de capturer un visage et ses mouvements avec un téléphone. Si je vous montre cela, c’est que le trailer pour OD est potentiellement l’entrée du jeu durant laquelle nous pourrions nous scanner avec notre téléphone.

Nous verrions alors, depuis les images tirées du jeu, le processus qui permet de capturer nos visages. Autrement dit, ajuster la luminosité et réciter le pangramme face à la caméra d’un téléphone.

Cette capture MetaHuman fait sens avec le logo du jeu lui-même.

OD Kojima

Une image distordue par des aberrations chromatiques qui mime la traversée par le joueur de la frontière qui existe entre la réalité et le jeu : l’écran.

Si OD est bien un jeu cloud alors le support de diffusion n’a pas d’importance pour le rendu du jeu. C’est de cette manière que ces visuels impressionnants peuvent tourner sur tout support disposant d’une connexion suffisamment puissante.

Lors d’une interview à J-Wave Radio en 2022, Kojima avait détaillé un peu son projet plus radical qui s’avère être OD.

Cette ère, dont il parle, est bien celle de la 4G ou 5G et du cloud.

En 2022 une vidéo d’un jeu nommé Overdose avait fuité sur Internet montrant des phases de gameplay « streamées ». Je ne vais pas partager la vidéo ici par respect pour Kojima Productions, mais ce que nous avons vu est une interface de jeu qui contient le stream d’une joueuse capturant ses réactions.

Quelque chose que l’on peut déjà trouver, en intentions, à la fin du trailer de P.T. en 2014.

P.T.
Sophia Ellis OD

Ce que l’on voit grâce à l’image qui se reflète dans les yeux du modèle de Sophia Lillis est donc une réaction au gameplay. Une réaction au jeu auquel elle joue, filmée et rendu via MetaHuman. Une OverDose de peur qui vient du jeu en passant par la réaction du joueur, jusqu’à nous le spectateur. La peur de la peur, qui se transmet comme une épidémie.

S’il est évidemment très difficile de connecter tous ces éléments, nous pouvons d’ores et déjà tenter de comprendre. L’intention serait de traverser de façon très directe la frontière entre jeu et réalité, mais également entre jeu et film.

Laissons-nous un peu à imaginer un jeu créé par Hideo Kojima, Jordan Peele et bien d’autres. Un jeu dans lequel nos trois acteurs seront scannés. Ce scan devient méta et c’est ce que le trailer montre. Une fois scanné le jeu commence et chacun peut streamer sa partie. La partie devient donc un film pour des spectateurs qui peuvent également suivre les réactions du joueur grâce à son MetaHuman. Peut-être que les spectateurs sont eux même scannés et font partie d’un lobby où leurs expressions sont également partagées ? Et peut-être également que ces spectateurs sont capables d’interagir avec le film du jeu? Peut-être que la caméra peut détecter la peur chez tout ce monde et créer le game-over du joueur ? GAME OVER, OVERDOSE.

OD explores the concept of testing your fear threshold, and what it means to OD on fear – while blurring the boundaries of gaming and film.

OD est probablement un jeu sur la place de l’anticipation qui réside dans la peur et la façon dont celle-ci est contagieuse. Un jeu dans le cloud où chacun devient le sujet du film de son expérience, observé par des inconnus. Un jeu et un film. Ou bien ni l’un ni l’autre. Une expérience surconnectée qui peut très bien faire écho aux thématiques abordées dans Nope, l’un des derniers films de Jordan Peele.

Beaucoup de découvertes ont été réalisées entre temps comme l’incrustation de lettres formant le mot ATAMI (une ville de la préfecture de Shizuoka, un autre écho à P.T. et Silent Hill), ou encore les marques déposées récemment par KJP. Je pense que ces éléments se connectent à tout ce que j’ai énoncé assez facilement et donc je ne développerai pas.

De toute façon, il est bien trop tôt pour conclure, mais j’espère vous avoir donné de quoi réfléchir jusqu’à la prochaine annonce de Kojima Productions.

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